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[LP] Marnie – Strange Words and Weird Wars

En vacances de son groupe de prédilection pour la seconde fois en trois ans, Marnie délivre une suite compacte et sentimentalement possédée de chansons entre solitude et espoir, illuminant les cieux obscurs sous lesquels elle a prisl’habitude de déambuler sans but précis, portée par son instinct et les courants de ses pensées. « Strange Words and Weird Wars » révèle une artiste ayant une vision précise de ce qu’elle cherche à démontrer à travers des chansons aussi entraînantes que savantes, résultats de recettes laborantines dont elle seule connaît les ingrédients secrets.

D’abord, il y a la voix. Reconnaissable entre toutes. Celle de l’Écossaise Helen Marnie, membre à part entière du projet synthpop ténébreux Ladytron et, à ses heures perdues, auteure de compositions pour lesquelles elle s’offre corps et âme. Après un premier effort solo, « Crystal World », en 2013, la belle nous revient avec un opus au titre aussi militant qu’ironique : « Strange Words and Weird Wars ». Ce que l’on pourrait de prime abord considérer comme une moquerie de conversations politiques internationales ininterrompues et inutiles se révèle être davantage la catalyseur d’une lutte intérieure, d’un combat pour vivre émotionnellement et humainement. Et, par le biais de ces dix hymnes à la réflexion et à l’ouverture d’esprit, attirer le plus grand nombre autour d’une musique charriant son lot inépuisable de genres sans jamais s’arrêter à aucun. Une aubaine autant qu’un coup de génie.

Les premières mesures de « Alphabet Block » laissent pourtant augurer d’une relecture plus populaire du style qui a fait la renommée de la compositrice : des beats surpuissants, des claviers cristallins et aquatiques portés par le timbre unique de Marnie. Fausse alerte cependant, et ce, dès « Bloom » et, plus loin, « Invisible Girl », dont les teintes sombres se répandent autour de nous afin de laisser percer une lumière pop inattendue et salvatrice. Au cours de ses voyages intemporels, l’artiste passera alors de l’ode universelle au refrain inoubliable et fédérateur (l’imparable « G.I.R.L.S ») à des moments plus tempérés, intériorisés avant d’être interprétés avec une volonté immuable de rendre le désir et la mélancolie continuellement palpables (« A Girl Walks Home at Night »). S’attirant également les affres du rock dans un final inespéré et osé (« Electric Youth »), ou lançant à l’expérimental des regards aguicheurs (formidable « Little Knives »), Marnie s’est finalement offert un rêve qu’elle devait certainement méditer depuis une période presque incalculable, ouvrant le champ de ses possibles à de nouvelles quêtes aussi bien introspectives que motivantes, en achevant sa course effrénée sur le retentissant et vibrant « Heartbreak Kid », faisant passer la femme-enfant à l’âge adulte dans une démonstration de force hors du commun.

Pour tous les amoureux de sons artificiels à haute valeur addictive, « Strange Words and Weird Wars » est une bénédiction ; mais ce serait oublier l’intarissable mélomane qui sommeille en nous tous et trouvera ici de quoi nourrir ses songes et une vitalité quotidienne sans jamais ressentir une seconde de lassitude ou d’épuisement. Avec ce second effort, Marnie s’est laissée vivre, portée par autant d’ambitions que d’humilité et de dévotion, calculant chaque rythme, chaque note, chaque mélodie avec une concision de tous les instants. Le résultat est aussi rafraîchissant que profond, confirmant les talents d’une créatrice transformant tout ce qu’elle touche en or. Noir, de préférence, afin que la machine futuriste et hypnotique qu’elle mène sur les chemins de traverse ne s’arrête jamais.

crédit : Aleksandra Modrzejewska

« Strange Words and Weird Wars » de Marnie est disponible depuis le 2 juin 2017 chez Disco Pinata.

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