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[Live] L’Ère de Rien 2017, jour 3

Dire que l’on attendait avec une impatience grandissante l’ultime journée de cette nouvelle édition de L’Ère de Rien est une incontestable évidence. Mais rien ne pouvait nous préparer à la tornade d’émotions fortes qui nous ont saisi les tripes lors de cinq concerts d’ores et déjà destinés à devenir inoubliables, entre folie scénique extatique et sensualité musicale nous ayant fait totalement succomber. Aucun doute : l’événement s’avère toujours plus irremplaçable et ne cesse de recueillir toute l’estime que ses organisateurs et acteurs méritent amplement !

Pixx – crédit : Fred Lombard

Sans faire dans la demi-mesure, Djokovic démarre sur les chapeaux de roues et envoie un indie rock de haute volée dès les premières secondes de sa prestation. Avec une aisance confondante, le quatuor enchaîne sans temps mort et nous transporte à travers des mélodies aussi belles qu’énergiques. Les guitares fusent et volent dans tous les sens, la batterie semble animée d’une frénésie incontrôlable, la voix charrie son lot de puissance et sa volonté d’accueillir à bras ouverts le public dans des chansons entre électricité et émotions fortes, notamment lors de passages instrumentaux à la folie contagieuse.

Il y a définitivement, chez Djokovic, un supplément d’âme mettant le rock à hauteur d’homme, ce qui rend l’expérience de leur concert aussi fascinante que réconfortante. L’introduction idéale à la folle soirée qui s’annonce.

Après une magnifique session acoustique l’après-midi, c’est en trio que Cosmo Pyke se présente au public et débute de but en blanc avec un funk habité et possédé attirant irrémédiablement l’audience disséminée un peu partout autour du chapiteau central. Constat sans appel : le musicien est avant tout un conteur envoûtant, quelque part entre le gourou et le sage d’une tribu imaginaire faisant des étincelles sur scène.

Captivant le regard avec un charme et un charisme désarmants, le jeune chanteur londonien déverse des mélodies vocales autant parlées que chantées, tout éclairage artificiel devenant totalement inutile pour mettre en valeur le physique et la présence de cet homme qui hypnotise et jette ses charmes à la foule, en toute confiance et simplicité. Un set riche, inattendu et aussi bienheureux que thérapeutique, soignant nos cœurs meurtris et nos âmes solitaires.

Maintenant, imaginez une musique extraterrestre, quelque part entre chamber pop et abysses dissimulant des créatures phosphorescentes inconnues, mais pour lesquelles on se passionne immédiatement. Vous aurez ainsi une idée de l’apparition de Pixx sur les planches. Une voix à se damner, une sensualité artistique pour laquelle on signe tout de suite un pacte avec le diable ; les compositions de la musicienne n’appartiennent définitivement pas à notre dimension, entre dialogues continus avec son groupe ou luminosité aveuglante de sa beauté naturelle.

Aphrodisiaque et cotonneux, le talent sulfureux du projet agit sur nos cellules cérébrales et notre cortex, laissant libre cours à des fantaisies libérées de leurs chaînes et ouvertes à tous les regards, charmeurs et affectueux. Une errance spatiale d’une splendeur érotique teintée d’ésotérisme, là où les courbes des corps comptent mille fois plus que les plaisirs de la chair. Un spleen vivant et cathartique, une invitation à l’ombre et ses réconforts, une sueur contagieuse et surnaturelle.

Et si l’on commençait le concert suivant par un bruit blanc bien hypnotique sur lequel les guitares montent en intensité avant de bâtir un mur sonore jouissif et imposant ? Pas de doute, les Australiens de Splashh sont dans la place ! Tant et si bien que ce qui pourrait passer pour un problème technique (un larsen strident) ajoute au suspens et à la force rock brute et épaisse du quintet, créant une atmosphère entre pesanteur et éclat, comme on en entend peu souvent ces temps-ci.

Un trip non conventionnel, charriant blues rock et riffs au rasoir lacérant tout sur leur passage ; mais sans omettre un seul instant des aptitudes mélodiques et chorales pointues et brillantes, en osmose parfaite avec un clavier primordial ; tant de bonnes raisons de s’attacher à Splashh et de faire, avec eux, le grand plongeon, notamment lors de trois titres (dont le dernier de la setlist) au final explosif et dantesque. Dévastateur et aguicheur.

Et comment achever ce festival de la plus belle façon possible sinon avec les Mancuniens de Spring King ? Et comment définir le torrent rock qui s’abat sur Rezé avec une urgence et une schizophrénie tonitruantes ? Le quatuor, emmené par l’époustouflant Tarek Musa au chant lead et derrière les fûts, décortique ses chansons en découpages savants et fous, entre bouillonnements de lave incandescente et ponts harmoniques dissimulant des étincelles faisant tout brûler sur leur passage.

Le rock anglais, toujours en avance sur les autres nations, ne s’attendait certainement pas à ça ; et il faut bien avouer que nous non plus ! Accrochez-vous à ce que vous pouvez, la descente des rapides est aussi chargée d’adrénaline que mouvementée. En deux mots : la claque. Et autant dire qu’on en redemande et que cette conclusion aura rallumé tous les feux de l’Enfer, pour notre plus grand plaisir !

Une fois de plus, l’Ère de Rien a tenu son beau pari, celui de réunir le temps de trois soirées à la programmation curieuse et visionnaire quelques futurs et déjà grands noms de l’indie français et anglo-saxons. Grâce à ces artistes, nous avons vécu des moments généreux, passionnés, vibrants et mémorables qui n’auraient pas pu s’accomplir sans l’énergie sans faille, la passion, la gentillesse et la qualité d’accueil de toute l’équipe de l’association Melos Nova, organisatrice du festival. Un immense et chaleureux remerciement à Mélanie Arribas, à Ludovic Rétif, à Olivier Le Tohic, à Maxime Pascal, ainsi qu’à tous les bénévoles et professionnels engagés sur cette sixième édition qui ont offert à près de 3200 festivaliers l’un des plus beaux rassemblements de passionnés de musiques indépendantes de l’année en France. Définitivement, l’Ère de Rien n’est pas un festival comme les autres : humain, riche de belles rencontres et à taille humaine. Avec pour marque de fabrique, la proximité, le petit festival de Rezé n’a définitivement plus rien à envier aux grands et c’est bien pour cela qu’il sera toujours l’un sinon notre premier festival de cœur.

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