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[Interview] Parlor Snakes

À l’occasion de la sortie de l’intrigant et remarquable clip accompagnant « We Are The Moon », il était temps de retrouver Parlor Snakes afin de discuter avec Eugénie (chant) et Jim (batterie) de l’actualité du projet, mais également de faire un point sur le parcours étonnant et infaillible que ceux-ci ont emprunté depuis de nombreuses années. Rencontre avec un projet se remettant en question lors de chaque production, mais avec une régularité et une passion exemplaires et électriques.

crédit : Christophe Crénel

  • Bonjour à tous les deux et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Commençons par le début : quand et comment vous êtes-vous rencontrés, et à quel moment a commencé l’aventure Parlor Snakes ?

Eugénie : Comme je l’ai déjà raconté de nombreuses fois, Peter (guitare) et moi nous sommes rencontrés il y a une dizaine d’années. Peter vivait à New York et moi à Paris. Il est venu en France pour une fille ; ma meilleure amie en l’occurrence . On a créé le groupe un soir d’ivresse. Nous avons tout de suite commencé à écrire et donner des concerts. Au fur et à mesure des années, nous avons changé plusieurs fois de line-up, jusqu’à l’actuel avec Jim et Séverin à la batterie et à la basse.

  • Vous avez commencé votre carrière musicale avec l’enregistrement, en 2010, de l’EP « Shotguns », qui annonce déjà votre marque de fabrique : un rock abrasif aux riffs bien aiguisés, mêlés à des claviers énergiques et la voix nuancée et affirmée de d’Eugénie. Avez-vous, dès le départ, que cela deviendrait votre marque de fabrique ?

Eugénie : Je ne crois pas, non. Il quasiment impossible de savoir à l’avance comment va sonner un groupe. Ça ne peut se définir que lorsque tu te retrouves dans la même pièce, à jouer avec les personnes qui vont former ton groupe. Et Parlor Snakes n’a pas dérogé à cette règle. « Shotguns » ressemble à ce que nous étions a cette époque. Après, nous avons toujours voulu faire du rock ; donc, mieux vaut avoir des riffs bien aiguisés !

  • « Shotguns » est déjà parfaitement produit, mais donne aussi envie de vous découvrir immédiatement en concert. Aviez-vous déjà à l’idée vos futures prestations scéniques ? Était-ce une évidence, pour accompagner vos compositions en leur donnant une dimension encore plus électrique sur scène ?

Eugénie : Je pense que j’avais une certaine idée de ce que je voulais faire sur scène parce que certains artistes m’ont profondément marqué. Mais toutes les idées préconçues volent en éclats dès qu’on met le pied sur scène, car l’une des choses les plus importantes, c’est le feeling. Tout est centré autour de ce truc on ne peut plus volage. La setlist, l’enchaînement des chansons, etc. sont le canevas d’un concert où tu ne sais jamais vraiment ce qu’il va se passer, si tu vas avoir le feeling. Encore plus avec le rock, qui donne l’impression de ne pas être trop intellectualisé.

  • Les trois titres qui composent « Shotguns » montrent trois aspects différents de votre musique : un rock dynamique et novateur avec « Shotguns », un autre beaucoup plus puissant avec « I’ve Lost My Way » et, enfin, quelque chose de plus posé avec le magnifique et aérien « Out Of Town ». Était-ce une manière, pour vous, de montrer vos capacités, vos influences et la manière dont vous souhaitiez les exposer au public, aussi bien sur les planches que pour ceux qui vous écoutent ?

Eugénie : On a cherché une cohérence pour ce single. Il fallait trois titres qui collent ensemble et qui nous plaisent.

  • Comment a été reçu ce premier EP, aussi bien par la critique que par le public ?

Eugénie : Plutôt bien, je dirais. Même si ce premier 3 titres est resté très confidentiel. Nous n’avions pas vraiment de structure autour de nous à l’époque.

  • « Tomorrow Never Comes » suit deux ans après, en 2012. Qu’avez-vous fait pendant la période séparant les deux EPs ?

Eugénie : La recherche de la nouvelle rythmique, ainsi que le travail nécessaire à la « coagulation » avec la cellule pré-existante, àa pris un certain temps.

Jim : Nous avons écrit, fait des concerts et nous avons changé de batteur et de bassiste.

  • On sent, dans les deux titres qui composent ce nouvel EP, un changement dans votre façon d’aborder la composition, en la rendant plus complexe et soignée. Vouliez-vous, justement, prouver de quoi vous étiez capables, notamment en sortant ces deux chansons afin d’annoncer votre premier album ?

Eugénie : Parfois, quand on recherche un son, on peut passer par quelque chose de plus « dense » ; mais pour ce qui est de « prouver de quoi nous étions capables », je pense que ça n’est pas le cas. Nous aimons prouver de quoi nous sommes capables sur scène, avec le public. Sinon, on ferait tous du rock progressif (je n’ai rien contre, mais c’est plus démonstratif que le garage).

Jim : On s’est amélioré avec les concerts, on a travaillé. Et l’intégration de Jim et Séverin a forcément apporté quelque chose de nouveau. Ils jouaient déjà ensemble avant, par exemple.

  • « Let’s Get Gone » sort la même année et installe durablement votre marque de fabrique : un rock savant mais en même temps immédiat, entre écoute active et sensations fortes. Comment s’est déroulé le processus de composition de ce disque ?

Eugénie : Nous avons enregistré « Let’s Get Gone » avant « Tomorrow Never Comes ». Les chansons qui sont sur cet album étaient déjà là depuis un moment. Nous en avons composé quelques-unes pour cet album, mais la trame était déjà existante. Donc, c’est allé plutôt vite, car les chansons avaient déjà une vie sur scène.

  • Vous prenez plus le temps de poser vos ambiances sur ce disque, notamment grâce à des titres comme « Nobody’s Bitch » ou « Wild Eyes », en explorant votre propre vision d’une certaine forme de blues rock. Aviez-vous alors trouvé votre rythme de croisière, des genres dans lesquels vous vous sentiez à l’aise pour mieux y sculpter votre propre identité ?

Eugénie : Nous aimons tout autant les ballades que le rock’n’roll, le blues ou le punk.

  • « Keep Hurting Me » et « Get Down » sont des déflagrations inattendues et dantesques, notamment à travers le sax du second. Un besoin pour vous d’emballer la machine et de montrer que vous aviez la fougue nécessaire pour affronter le public et vous dépasser ?

Eugénie : Peter et moi avions envie de sax depuis un moment. Jim a un ami saxophoniste, Fabien Lelarge, qui s’est prêté au jeu et nous a mis une claque. En quelques prises, nous avions tous la chair de poule. Nous n’affrontons pas le public. C’est grâce à lui que nous sommes là. Nous avons envie de l’impressionner, certes, mais surtout de l’emballer et qu’il nous aime pour ce que nous sommes. C’est comme une relation amoureuse. Se dépasser, oui, toujours !

Jim : Oui. Encore une fois, la recherche de dépassement est plutôt personnelle, bien que ce soit toujours par rapport au public qu’on veut chouchouter.

  • Comment s’est déroulée la promotion de « Let’s Get Gone », et comment s’est donc déroulé le cap du premier album et de sa mise en avant auprès du public et de la critique ?

Jim : Je l’ai donné à ma mère.

Eugénie : Le premier album, finalement, c’est plus simple à gérer que le deuxième, parce que personne n’en attend rien. Nous avons fait comme nous pouvions, avec peu de moyens de promo.

  • 2015 marque la sortie de votre second album éponyme. Pourquoi avoir décidé de l’appeler par votre propre nom ?

Eugénie : Entre autres, parce que c’est vraiment le premier album sur lequel nous sommes tous les quatre. Séverin ne joue pas sur « Let’s Get Gone », il n’était pas encore dans le groupe. Et puis, parce que ça nous paraissait évident.

Jim : Évident car là, on avait le sentiment d’avoir obtenu une musique pérenne, durable. Et ça passe beaucoup par l’état d’esprit du groupe. C’était plutôt ça, en fait, qu’on recherchait. Comme dit Eugénie, on ne sait pas comment va sonner un groupe dès le début. En revanche, on sent implicitement dans quel « mood » on va pouvoir prospérer.

  • La production de ce nouveau disque est beaucoup plus immédiate, urgente, que celle de « Let’s Get Gone ». Cela représentait-il un besoin pour vous de revenir à des riffs et des compositions plus accrocheuses, à des coups de tonnerre qui marquent immédiatement l’auditeur ?

Eugénie : Nous avons enregistré et mixé onze titres en douze Jours à New York, avec Matt Verta Ray. L’urgence était bien réelle. L’analogique est aussi un défi à relever. Les titres étaient prêts, on a essayé de ne pas trop se poser de questions et de faire confiance à notre feeling. On a tous aussi progressé dans nos rôles.

  • Qui a réalisé la sublime pochette de ce nouvel album ?

Eugénie : La photo a été réalisée par Séverin et l’artwork et le concept viennent de Alexis Clément, de chez Capsule Workshop.

  • Le clip qui accompagne « Man Is The Night » est magnifique. Comment vous est venue cette idée de l’errance dans une ville nocturne, avec ce grain très particulier de l’image ? Et comment s’est déroulée votre collaboration avec le réalisateur Jonathan Kluger ?

Eugénie : Jonathan nous a fait cette proposition très cinématographique, en référence à « Ascenseur pour l’Échafaud ». On a tourné en une nuit, dans Paris. J’aime beaucoup le travail de Jonathan, qui est un ami. Il travaille vite, dans la spontanéité. Il a un regard très bienveillant sur nous. Il aime notre musique ; et nous, son travail de cinéaste, ce qui me paraît primordial dans ce genre de collaboration.

  • La vidéo qui accompagne « Watch Me Live » est, elle, beaucoup plus directe, notamment avec ce noir et blanc profond et presque nostalgique traversé par des fluides sombres et sanguins. Que recherchiez-vous à travers l’illustration, par l’image, de ce titre ?

Eugénie : C’est le premier clip qu’on a fait avec Jonathan. J’ai proposé l’idée du travestissement, de la danse. Je venais de revoir « Crossfire Hurricane ». Les garçons étaient partants et on a travaillé à partir de cette base. Pour le reste, on ne voit jamais les rushes, ni les premiers montages avec Jo. On lui fait confiance et on a eu la surprise le jour du visionnage.

  • Venons-en maintenant à « We Are The Moon », votre dernier clip. Étant un grand fan de cinéma fantastique, je dois avouer que la vidéo m’a vraiment impressionné ! D’où vous sont venues les différentes idées, notamment les masques, la couleur verte prédominante et l’invasion de la maison pour y « mettre l’ambiance », si je puis dire ?

Eugénie : On avait envie de déconner. Et de faire ce clip vite. Jo a proposé de tourner en vision nocturne, avec des masques. Pour le coup, il n’y avait pas de script pour ce clip ! On a acheté pleins de masques, récupéré quelques accessoires de « guerre », on a trouvé la maison, la forêt et on a investi tout ça quelques heures dans le froid et le noir. Et on s’est bien amusés.

Jim : C’est clair qu’on s’est plus amusés que je ne m’y attendais. Imagine : partir dans le centre de la France en plein hiver… Je me disais qu’on allait se les geler. Au final, oui, on a eu froid. Mais on a bien ri.

  • Pouvez-vous me confirmer qu’aucun bébé n’a été maltraité pendant le tournage ?

(rires)

Jim : Pose la question au réal’ de « A Serbian Film » !

  • Comment se déroule la tournée qui accompagne votre nouvel album ?

Jim : Un plaisir. On a vu plein de nouveaux endroits.

Eugénie : Très bien ! On tourne beaucoup depuis deux ans maintenant.

  • Quels sont vos projets dans les mois à venir ?

Eugénie : On va sortir de nouveaux titres.

  • Souhaitez-vous ajouter autre chose ?

Eugénie : Merci !

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