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[Live] The Lemon Twigs à l’Elysée Montmartre

Souvent, avant un concert, les spectateurs sont impatients. Dans le métro, leurs doigts nerveux tapotent leurs jambes, leurs pieds frappent avec vivacité le sol, leurs lèvres sont tendues et se contractent en un sourire maladroit. Ils oscillent tant bien que mal entre hâte et détachement, histoire de paraître décomplexés. Et puis, à côté, il y a nous, insouciants, comme coupés de la réalité, portés par un flottement dans l’air, nous dirigeant presque malgré nous vers ce concert car trop fascinés par les autres, ces gens que l’on croise sur le quai, dans le wagon, dans les couloirs. Nous continuons d’avancer, au guichet nous retirons nos places, nous nous postons au premier rang et, là seulement, notre bulle d’irréalité s’unit à celle de Lo Moon.

The Lemon Twigs – crédit : Alice Tabernat

Le son mat, les basses sourdes et les guitares saturées des trois Américains sont planants et insufflent épisodiquement quelques violents tremblements. Les morceaux sont frissonnants et berçants, ils vacillent accidentellement entre soleil et tempête. Le son habite la scène et les musiciens, mais peine à se répandre dans la salle, car trop confidentiel ou peut être inexpressif.

Les envolées lyriques du leader sont vagues, futiles et n’habillent en rien les rayonnantes mélodies. Il est triste de chercher à faire du James Blake lorsque l’on pourrait développer un univers singulier quelque part entre un psyché fantastique et la tiédeur du R’n’B d’Abra.

Si les enfants de Mary Poppins étaient rockers, ils seraient The Lemon Twigs. De la folie perfectionniste d’un music-hall de Broadway à la candeur des premiers morceaux pop d’outre-Manche en passant par le détachement de Pete Doherty, sans oublier la sensibilité des Kinks. Les références sont nombreuses pour décrire le premier opus (« Do Hollywood ») des frères D’Addario ; nous tacherons cependant de passer outre afin d’être le plus objectif possible. En effet, à trop citer les inspirations des deux Américains, cet article prendrait des allures de catalogue plus que de critique.

Le premier titre de la soirée, « I Wanna Prove To You », introduit cet effet de morceau à tiroirs que l’on retrouvera tout au long du show. Il n’est pas composé par deux rythmes complémentaires, soit un pour les couplets et un autre en guise de refrain, mais bien au contraire par plusieurs mélodies se superposant, s’assemblant, s’enlaçant de manière à façonner un morceau unique et harmonieux. Ainsi, une délicate ballade telle que « Haroomata » revêt brièvement des airs de fanfare ; et, si cela peut sembler absurde voire ridicule, il n’en est rien en live (ni même en studio). Les titres sont cohérents,mais surprenants et colorés. La prestation est elle-même dentelée : les chanteurs tournent, s’unissent, délaissent un instrument pour un autre. Une composition du père D’Addario, « Love Stepped Out », agrémente la setlist et ne fait que confirmer les innombrables influences 60’s-70’s du groupe. C’est tout naturellement que « All Of The Time » d’Alex Chilton précède le superbe « As Long As We’re Together » et que le  rappel est entamé par une enthousiaste reprise de « The End » des Beatles (manager à la batterie, s’il vous plaît !). Le flamboyant « The Queen Of My School » conclut ce concert grandiose, à l’image des pirouettes et autres sauts de Michael.

Finalement, peut-être que faire du rock aujourd’hui signifie reprendre les codes du passé mais tenter d’aller au-delà, de les approfondir, de créer à partir de cette base établie (et solide). The Lemon Twigs ne verse pas dans le revival comme certains groupes, certes excellents, à l’instar des Temple, mais cherche à creuser une brèche, à explorer un sous-univers de ce qui existe déjà. Si son premier album, très bien défendu sur scène, adopte parfois les caractéristiques de « Sergent Pepper » ou du « Magical Mystery Tour » il ne fait aucun doute que le prochain sera pleinement novateur.

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