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[Live] Poni Hoax et Kid Wise à Stereolux

Pourquoi faut-il que les éclairages viennent encore perturber la bonne appréciation de nos chers concerts ? Entre le goût prononcé pour des lumières tantôt fluorescentes, tantôt saturées, des spots en contre-jour omniprésents, souvent éblouissants, rarement agréables et pour le moins inesthétiques et ce curieux intérêt, par contradiction, pour la (quasi) pénombre, qui laisse plus facilement se deviner les visages des spectateurs que ceux que ces derniers sont venus voir, le « lighteux » devient, aux yeux des mélomanes entre autres amoureux de cet art si vivant, la personne la plus détestable de sa maudite soirée. Véritable loterie réservée à l’amateur de musiques actuelles comme au photographe contraint de respecter la désormais acquise règle des trois premiers morceaux, ce dernier peut cependant se réjouir de la résistance de quelques authentiques (mais trop rares) scénographes derrière la console lumière, à même de saisir les enjeux d’une performance scénique en mettant à profit l’installation technique pour le bien des spectateurs comme des artistes, en offrant au son sa complémentarité visuelle et donc esthétique. Le jeudi 30 mars dernier, cette incommodante situation nous a encore frappés de plein fouet : lumières ultra-saturées et jeux d’ombres chinoises nous ont quelque peu gâché l’immersion. D’autant plus dommage quand nous nous savons en présence de deux très bons éléments de la scène indé française représentés cette nuit-là par la jeunesse fougueuse et intrépide des Toulousains de Kid Wise et l’orgie électro-rock des Parisiens de Poni Hoax. Récit d’une soirée folle d’amour, de passion et d’une douce ivresse qui nous aura presque fait pardonner les déboires optiques.

Poni Hoax – crédit : Fred Lombard

Sorti quelques semaines plus tôt, l’album « Les vivants » prolongeait la belle envolée des Toulousains de Kid Wise vers de nouveaux espaces d’émotions, sans pour autant perdre ses tendres acquis datant de l’ère de « L’innocence ». Magnifiquement emmenée par l’invocateur des grands émois en l’humble personne d’Augustin Charnet, la bande de jeunes amis n’a fait que confirmer la puissance échelonnée de tendresse et de conviction de son ouvrage musical, gagnant d’autres sphères, d’autres rivages et d’autres dimensions au contact d’une scène ouverte et d’un public riche d’attention. « Please let me be your guide », paroles extraites du titre « Anchors », illustrent à coup sûr ce rapport de confiance délicatement installé entre Kid Wise et son public. Une relation saine, bienfaitrice et délicate, une invitation sans contrainte, une contrepartie attentionnée. À travers un set échelonné au décollage habile et à l’envolée superbe, l’ambitieuse formation occitane, naviguant entre dream pop et post-rock, aura porté ses belles valeurs d’engagement et de passion en témoignant d’une formation unie et généreuse, tout simplement heureuse de contribuer à ces instants d’humanité nécessaires.

Entre les gyrophares animés de musiciens en transe et l’émotion d’une prestation fougueuse d’amour, Kid Wise aura su dompter la salle micro de Stereolux une heure durant avec sa grâce, son âme et son indéniable vertu. Ce concert sera également l’occasion, pour le groupe, de mélanger admirablement ses deux albums comme un seul et même récit pertinent, en revisitant le premier à travers ses titres les plus forts (le tourment passionné de « Ocean », l’acte de foi « Hope » et les démons de « Ceremony ») pour mieux rêver et révéler l’intensité du second avec force, puissance et instinct ; en passant d’un « Bones » paisible aux tourments de « Free Your Mind », et poursuivre ainsi sa conduite sur les magnifiques « Anchors » et « Hold On », vecteurs d’espoirs conquérants. Kid Wise a communié avec nous, offrant à vivre, à sentir et à entendre un concert beau de toute sa sincérité comme de toute sa sagesse.

À la question : « Faut-il forcément connaître la discographie de Poni Hoax pour apprécier ses concerts ? », à chacun sa version. Pour les fans, acquis sinon sensibles à la cause du projet parisien qui fêtait l’an passé ses quinze années de carrière et forts nombreux dans la salle (n’est pas complet qui veut !), la réponse ne se fera pas attendre… mais plutôt entendre. La joie d’un public se vit et se sent, elle aussi. Pour les autres, le plaisir de découvrir innocemment des morceaux vaguement entendus quelques années plus tôt est tout aussi grisant, face à ce monument d’indépendance fortement incarné par son incontournable leader, Nicolas Ker, à la posture scénique légère derrière le micro et vêtu d’une singulière chemise noire luisante, un foulard noué autour du cou. Une allure et une esthétique volontairement en marge, comme pour mieux souligner les traits d’un personnage qui aime jouer sur scène ; soit dit en passant, c’est tout le génie de ce chanteur, aussi inclassable que la musique de son projet. Une prestation somme toute aussi électrique qu’électronique, qui nous donnera l’impression de vivre un moment frénétique à mi-chemin entre les expériences animales des héros belges de Soulwax et la douce démence d’un James Murphy sous LCD Soundsystem.

Un rock épique aux accents héroïques. Oui, sur scène, Poni Hoax, c’est définitivement quelque chose à part ! Une prestation envoûtante et incarnée, un exercice de séduction désinhibé qui met terriblement bien à l’aise l’assemblée. Un concert qui sent la sueur et le sexe d’un jeudi soir étudiant chez les quadras. Une expérience tellement punk, sur le fond comme dans la forme. Définitivement, après quatre albums dont le tout récent « Tropical Suite », le phénomène Poni Hoax court toujours, et c’est tant mieux ! À Stereolux, il aura réservé, à des Nantais déchaînés, un concert surnaturel conclu sur quelques notes très légères lancées par les claviers d’Arnaud Roulin, accompagnant solennellement Nicolas Ker quelques minutes encore avant de s’éclipser sur les sifflements stridents d’un ultime rappel sans garantie. Une belle et étrange soirée à refaire, définitivement, et à recommander, vivement !

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