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[LP] Aquilo – Silhouettes

À travers un premier album à la mélancolie latente, Aquilo délivre aussi bien un moment de contemplation que d’espoir, ornant ses mélodies vocales d’arrangements subtils et imprévisibles. En ressort une œuvre terriblement attirante et attachante, véritable baptême d’un feu que seules les larmes semblent pouvoir éteindre.

Parvenir à passer le cap du premier disque avec autant de maestria que les Anglais d’Aquilo tient du miracle. Tout d’abord, parce qu’ils ne laissent absolument rien au hasard sur « Silhouettes », qu’il s’agisse de détails toujours plus méticuleux que de mélodies entêtantes et immédiates. Ensuite, parce que la maturité du projet fait plaisir à voir et entendre, dans un contexte où sa musique, accessible à tous et donc pop – dans le sens « populaire » du terme -, aurait pu être sacrément casse-gueule. Mais les choix artistiques qui sont ici portés avec génie et concision font montre d’une réelle ambition et d’un propos accrocheur et pointu, n’oubliant jamais au passage de nous faire errer dans des territoires sentimentaux à la fois sobres et immenses. Une entrée en matière incomparable.

Car tout l’art d’Aquilo se répercute dans sa capacité à faire de l’accessible un moment à part, toujours sur le fil du rasoir entre ce qui pourrait, dans d’autres mains, devenir mièvre et sans saveur ; mais qui, ici, laisse entrevoir tout le talent de composition de Ben et Tom. Que ce soit sur les cordes et claviers apaisants et tendres de « Silhouette » et « I Gave It All » ou dans les élans électroniques mais toujours humains du sublime « Human » ou du plus oppressant « Complication », Aquilo va droit à l’essentiel : à savoir, des chansons où le confort peut vite devenir dangereux, car dissimulant toutes les sources de nostalgie et de tristesse qu’il dissimule pour mieux nous tromper. Et, ainsi, nous égarer, tandis que « Almost Over » monte en intensité et sensibilité avant que, plus loin, « Sorry » se fasse autant confessionnel que tendre. Sans jamais surcharger ses créations, le duo préfère prendre son temps et baliser un terrain qui n’appartient qu’à lui et d’où la lumière jaillit au milieu d’une brume épaisse et froide (« Low Light » ou le magnifique « Waiting », ode ultime et attente en suspens dans l’espace et le temps). Et ne s’égare à aucun moment, malgré les écueils.

« Silhouettes » revêt alors sa définition essentielle, son noyau central et immuable : une musique des sens et des pulsions, de la solitude et de l’errance. Le chant se fait à la fois douloureux et libéré, intimant l’auditeur à abandonner tout espoir pour suivre une route inconnue et sans aucun repère, mais où l’on sait que le salut viendra bientôt. Dans la douleur et l’isolement, certes ; mais ne serait-ce pas ainsi que chacun de nous peut trouver son propre moi intérieur, accompagné maintenant de ces harmonies aussi organiques que célestes ? Aquilo nous passe le témoin alors que nous commençons à courir, toujours plus loin. Vers un ailleurs que l’on ne connaît pas mais qui, en sa compagnie, n’en est que plus attirant.

crédit : Morgan Hill Murphy

« Silhouettes » d’Aquilo est disponible depuis le 27 janvier 2017 chez Island Records.

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