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[Interview] Chine Laroche

Avec son superbe premier EP « On My Mind », Chine Laroche nous avait démontré tout son savoir-faire et sa passion pour une musique électronique aussi vivante que vibrante, parlant à nos sens et aux membres de nos corps alanguis puis, bientôt, mis en mouvement par ses rythmes discrets et ses instrumentations savantes et émotionnellement puissantes. L’aura de mystère qui entoure l’artiste nous avait, elle aussi, fortement intriguée ; et il était temps de discuter, en sa compagnie, de cet opus inclassable ainsi que de ses élans artistiques qui semblent aussi inépuisables que séduisants. Rencontre avec une créatrice dévouée et à la personnalité forte et ouverte.

crédit : Maxime Rouge

  • Bonjour Chine et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Tout d’abord, peux-tu nous dire quand et comment est né ton projet musical ? Avais-tu des expériences passées qui t’ont conduite à mener cette aventure en solo ?

Bonjour, ravie de répondre à ces qu,elques qestions ! Mon projet à réellement commencé il y a un an et demi – deux ans, car je faisais déjà de la musique, de la compo M.A.O, etc…, mais je n’avais pas de direction ou d’idée de projet spécifique, cohérent et construit. Et puis, je ne connaissais pas le milieu, la manière de développer un projet, la SACEM ou les éditions ; je me laissais uniquement porter par la libre création, ce qui est toujours le cas, mais en ayant aussi maintenant conscience du « monde de la musique » et de tout ce que cela comprend.

  • « On My Mind » contient une signature qui t’est propre, quelque part entre électro et R’n’B, mais avec un supplément d’humanité très profond. Comment se déroule ton processus de composition et d’écriture ?

Mon processus est assez simple : comme je le dit souvent, « j’accouche de mes morceaux ». Ce sont eux qui me prennent et m’hypnotisent lorsque je crée et que je construis la musique, les paroles… Je passe en « pilote automatique », mon besoin d’exprimer ce que je ressens sur le moment prend le dessus et je me laisse hypnotiser par ce processus créatif, que je trouve assez magique, pour être honnête. Je me laisse beaucoup guider par mon instinct au début et, une fois que j’ai le cœur du morceau, l’humanité et la musique, je me concentre ensuite davantage sur le son en lui-même.

  • Tu bases tes titres sur des basses profondes et une multitude de petits détails rythmiques, de glitches puis de percussions plus profondes. Comment conçois-tu l’importance de la session rythmique dans l’ensemble de ton travail ?

Le rythme est important je trouve ; même sur un morceau lent, il peut y avoir un groove incroyable. Après, sur cet EP, c’est vrai qu’il y parfois plein de petites percus (et je dois avouer que, parfois, même un peu trop et un peu aiguës à mon goût, finalement), mais c’était dans l’idée aussi de m’inspirer parfois des percus du « monde » dans le jeu et dans les sons. Également, sur le côté un peu vif de certains passages. ça ajoute un aspect éveillé peut être.

  • Le titre « On My Mind » ralentit soudainement, comme un cœur qui bat moins vite. Quelle était ton intention dans ce final plus posé ?

Mon intention était de raconter une histoire, comme un film : l’intro, les péripéties, puis la conclusion. Après, je ne me suis pas trop pris la tête ; cette idée de « Triptyque » me plaît, dans la peinture avec « le jardin des délices » de Jérôme Bosch, dans les films, etc… Ici, je parle d’une histoire personnelle qui devient ensuite un message général sur la fin. Mon message s’ouvre et devient le conclusion d’un regard global sur les rapports humains, l’amour, etc… Comme la fin d’une fable aurait sa morale, on pourrait comparer cette outro à un message non plus personnel, mais général et humain.

  • « Girl In Paris » est-il, dans un sens, autobiographique ? Pourquoi y as-tu inclus des éléments que l’on pourrait facilement rapprocher du blues dans les couplets, avec un refrain plus affirmé ?

Oui, c’est autobiographique, mais ça dépeint aussi ce que l’on est nombreux à vivre dans une ville telle que Paris. C’est une ville dense, où il se passe plein de choses, où les places sont chères et où on peut vite se perdre si l’on a pas de principes, je trouve ; ce qui est le cas de beaucoup de personnes, finalement. Et, du coup, ce morceau est plus un track qui dirait « je continue sur ma voie et je sais qui sont les gens que j’estime, et où je vais, malgré la peine que l’on peux ressentir lorque l’on grandit et que l’on voit comment fonctionne le monde, l’économie, le pouvoir, la justice et j’en passe… » En fait, ce morceau dit « je galère, j’ai plein d’envies et d’idées mais pas les moyens, mais je ferai quand même en sorte d’y arriver tout en restant fidèle à moi-même et aux gens qui m’entourent ; mais en sachant pertinemment de quoi le monde est fait.. »

  • Tu laisses d’ailleurs une place d’importance aux chœurs, même si ceux-ci apparaissent surtout en support du chant principal. Considères-tu qu’ils sont là en tant, justement, que support, ou peut-on y voir une conviction plus forte de ta part dans leur présence ?

J’aime les choeurs c’est joli : (rires) Mais, parfois, je trouve qu’il sont trop présents. En fait, j’aime qu’ils complètent l’harmonie, ajoutent des aigus ou bien des graves et s’associent à la voix lead pour donner une cohérence évidente à la musique, qui enrichit musicalement ton propos.

  • Tu varies énormément ta manière de chanter, voire de parler ou murmurer. Quelles sont tes exigences selon les musiques que tu composes et les textes que tu écris, et comment tout cela dicte-t-il ta manière de poser ta voix ?

Honnêtement, je ne sais pas. Cela se fait instinctivement aussi . C’est comme la vraie vie : parfois, tu peux parler fort car tu es passionné par une discussion et le sujet te tient à cœur, parfois tu parles doucement car tu es dans un moment plus calme ou intime, ou même tu peux murmurer quelque chose de pertinent par envie d’être discret. Dans mon cas, je pense que mon ton s’adapte aux circonstances ; c’est une manière de nuancer instinctivement aussi, probablement.

  • De même, ton chant évolue constamment, parfois sussuré, parfois totalement affirmé et chanté dans des aigus très purs et clairs. Quelle part de ton travail, dans le processus de composition, accordes-tu à la voix ?

Je pense que, comme ma voix est l’instrument que je maîtrise le moins, c’est peut être le plus « indiscipliné », d’une certaine manière ; donc, du coup, je la prends comme elle vient, ce qui peut par la suite donner cet aspect contrasté.

  • Toujours concernant la voix, peux-tu nous parler du duo « Dreamer » et de la manière dont les voix masculine et féminine se marient ?

Alors là, c’est pareil : je prend comme ça vient ! En fait, mes voix n’étaient pas exactement comme ça sur ma maquette ; elles étaient plus mystiques sur les couplets, davantage murmurées, avec un son un peu serré genre mégaphone qui donnait un côté plus « badass » (rires). Mais je les ai refaites pour qu’on comprenne mieux ce que je dis, que ça soit plus propre. Mais oui, je pense que ce titre a des chœurs peut-être plus féminins, et la voix lead sur les refrains est plus soul et plus grave ; mais je ne me rends pas compte non plus de ce mélange « masculin/féminin », ça reste moi et ma voix qui s’adapte au son.

  • « Only Thing I Need » respire la mélancolie et est d’une émotion rare, ce qui lui donne une place centrale dans l’EP. Comment as-tu réussi à organiser les différents titres les uns par rapport aux autres pour trouver cette cohérence de l’ensemble ?

Au début, je ne savais pas quels titres j’allais mettre dans cet EP ; j’avais pas mal de morceaux mais je n’avais jamais sorti un EP avec un « univers cohérent ». Et, en fait, ce morceau plaisait beaucoup aux personnes auxquelles j’ai fait écouter plusieurs titres, et je l’appréciais aussi. Du coup, cela s’est fait naturellement par rapport au fait que le morceau faisait l’unanimité dans mon entourage et que je le validais aussi !

  • « Break Out », dans ses sonorités synthétiques beaucoup plus prononcées et évidentes que sur les titres précédents, ouvre une nouvelle vision de ton art. Est-ce un regard vers le futur de Chine Laroche, vers d’autres paysages artistiques que tu souhaiterais explorer ?

Oui pourquoi pas, ce titre est plutôt chill et assez étrange aussi, dans le fait que c’est à la fois très lent mais que ça ne respire pas non plus énormément sur les refrains. En fait, c’est plus un morceau « d’ambiance » et de mood ; comme si tu étais happé dans un truc étrange qui t’aspire et qui peut avoir à la fois un côté anxiogène et un aspect relaxant..

C’est un mélange entre ambient et un peu hip-hop et en même temps, un peu cinématique, perdu avec la sub bass qui revient et qui crée cette constance jouissive mais parfois étouffante.

  • Comment est venu le concept du clip magnifique qui accompagne « On My Mind » ? Peux-tu nous parler du tournage et de sa réalisation et de ta collaboration avec Damien Bonnaire et Eva Ndiaye ?

En fait, j’ai vu, par le biais de Damien, quelques vidéos de Eva dans un tout autre style, en groupe, plutôt hip-hop, et j’ai tout de suite accroché sur ses gestuelles et sa manière de bouger. Et aussi sur le fait qu’elle a un charisme fort, un regard habité. Elle a une présence qui se mêle bien à la musique « On My Mind ». Du coup, on l’a contactée, elle a apprécié le morceau puis on a fait le clip. Même si on avait peu de
temps, j’aimais le fait qu’elle incarne l’esprit dans un studio noir représentant comme une boîte crânienne, dans lequel l’esprit, Eva, vivrait ses hauts et ses bas ; comme un grand terrain de jeu pour l’esprit (personnifié ici).

En plus, j’aime la danse et je n’avais pas envie d’arriver forcément avec un premier clip ou j’interprète ma chanson en poussant les refrains à fond dans l’interprétation. Je ne voulais pas faire « la chanteuse » ! (rires) J’avais envie de quelque chose de peut-être plus profond, de mettre en lumière un talent qui vaut le coup, aussi. C’est super de pouvoir mélanger nos compétences pour faire quelque chose de conscient.

  • Peux-tu nous expliquer le sens de l’image centrale de la pochette du disque : à savoir, une silhouette en ombre chinoise dont seule une partie du corps, la moitié du visage notamment, est en blanc ? Et pourquoi cette plage ?

J’aime le sable sur cette image : il y un aspect lunaire que j’adore, qui incarne bien ma musique, je trouve. Les pieds enfoncés dans un sable mou et brillant.

Ensuite, la silhouette incarne justement la féminité dans ce qu’il y a de plus simple et de plus beau, essentiel selon moi. Lorsque l’on regarde cette image, on n’a pas besoin de se demander « Qu’est-ce qu’elle porte ? Quelles fringues, quelle marque de pompes ? C’est quoi, son look ? » Une silhouette qui pourrait faire penser à un mirage, ou un esprit même, ancrée dans le sol. Les pieds sur terre, mais l’esprit dans le vent. Et le blanc pour l’aspect « réflexion », histoire de dire  que ça n’est pas tout blanc ou tout noir : la vie, les pensées varient, fusent, se contredisent et se réunissent, parfois. C’est pour représenter les nuances de l’esprit, nos contradictions.

  • Tu sembles réellement à l’aise dans la musique électronique ; même si, encore une fois, tes chansons sont bien plus que ça. Est-ce un univers dans lequel tu te sens le plus à l’aise ? As-tu essayé ou envisagé d’autres formes d’expression que celle-ci ?

Oui, j’aime tout les styles et j’ai plein de morceaux dans des genres différents, mais j’aime bien l’aspect onirique de l’électronique : le temps s’arrête, même un son de synthé peut te faire « tripper » des heures. C’est mystique et c’est un champ de possibilités infinies ! Comme le hip-hop, lui aussi, propose plein de mélanges musicaux, d’influences diverses liées à des enjeux sociaux et culturels, l’électro regroupe, de la même manière, plein de styles et de sonorités. C’est très large.

Et sinon, désolée, mais c’est un fait réel : c’est plus abordable, dans le sens ou tu peux faire des trucs incroyables avec un MAC, une carte son et des idées sans avoir vraiment de budget de home studio. Après, j’aimerais bien faire un album plus influencé soul/rock, mais j’aimerais bien enregistrer ça dans de bonnes conditions, avec du matos, de vrais sons de batteries, de vrais amplis de guitare… Mais ça viendra quand j’aurais davantage de moyens !

  • Comment parviens-tu à retranscrire l’essence et la complexité de tes chansons lorsque tu es sur scène ? Et en quoi la scène est-elle importante pour toi ?

Pour l’instant, je suis en solo, donc j’envoie mes backtracks et je joue les instrus. Donc, je ne me sens pas complètement libre mais, à l’avenir, j’aimerais avoir les moyens aussi de jouer avec des musiciens, de monter quelque chose de plus construit. Mais ça va venir avec le temps. Je travaille aussi en ce moment sur moi, je cherche quelque chose qui incarnerait mieux visuellement ma musique. Je suis en train de voir ce que je peux améliorer, au niveau image notamment, pour avoir quelque chose de cohérent sur scène, aussi.

  • Quels sont tes projets dans les mois à venir ?

Je travaille sur les futurs morceaux. Je vais en sortir un bientôt, d’ailleurs, et je pense les sortir un par un par la suite. Sinon, je fais quelques featurings aussi, je travaille le live , je cale des dates, j’avance petit-à-petit. En tout cas, je continue à faire de la musique pour la musique, et j’espère que de belles choses arriveront !

  • Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Merci pour tout !

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