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[Interview] Heat

Auteur du possédé et transgressif « Overnight » sorti le 20 janvier dernier, le projet montréalais Heat avait décidé de cacher, sous des murs de guitares et des rythmes obsessionnels et puissants, une clarté émotionnelle mélancolique, forte et affirmée. Œuvre aussi intime qu’ouverte à toutes les interprétations, ce nouvel album avait tout pour nous tourmenter, et il nous semblait nécessaire de faire le point avec le groupe sur les tenants et aboutissants de cette pierre noire et lumineuse, sa genèse et son évolution, mais aussi sur l’existence d’une entité musicale à part. Rencontre avec Susil Sharma, l’un des fondateurs de cet excitant projet.

  • Bonjour et merci de bien vouloir répondre à nos questions ? Tout d’abord, pouvez-vous nous présenter Heat : ses origines, son évolution, et surtout votre état d’esprit maintenant que votre nouvel album, « Overnight », est disponible ?

Heat a commencé il y a quatre ans lorsque j’ai commencé à faire des démos. Je jouais de la basse dans des bands punk depuis environ huit ans et je voulais essayer d’écrire mes propres chansons. Matt a été le premier membre à rejoindre le groupe, et nous sommes demeurés le « noyau » du projet malgré plusieurs changements de membres, jusqu’à ce que Raphaël se joigne à nous il y a deux ans. Nous avons enregistré un EP, « Rooms », il y a quelques années, et il a attiré beaucoup plus d’attention qu’on n’aurait pu l’imaginer. Après deux ans de tournée, nous avons finalement sorti un premier LP, et nous sommes impatients de jouer ces chansons sur scène.

  • Votre premier EP, « Rooms », sorti en 2015, présentait une facette plus pop/rock que votre nouvel album. Pourquoi avez-vous choisi d’explorer un côté plus sombre sur ce nouvel opus ?

La composition n’a pas beaucoup changé ; ce sont plutôt les sons et les textures qui ont évolué. Lorsqu’on est rentrés en studio pour « Rooms », le groupe n’existait que depuis un an. On a beaucoup évolué depuis ce temps – on a beaucoup tourné, les membres du projet ont changé, et nous avons vécu des changements dans nos vies personnelles, aussi.

  • Dès « City Limits », on sent qu’un besoin d’urgence ressort de l’ensemble du disque. Quelles ont été ses conditions de composition et d’enregistrement ?

C’est une urgence mélancolique. On a beaucoup argumenté dans le studio, et ça se voit dans le produit final. Ma vie personnelle se reflète sur l’album. J’avais cessé de boire cette année-là. Ma relation de quatre ans s’est dissoute juste après. Voilà un peu la situation autour de la création de « Overnight ».

  • Alors que vous étiez comparés à vos débuts à des groupes comme Echo & The Bunnymen et Pavement, vous vous inscrivez maintenant dans un genre qui vous est propre. Avez-vous appris, entre votre EP et votre album, à trouver votre son en expérimentant différentes choses, aussi sur scène qu’en studio ?

Tu as tout à fait raison. Nos influences sont toujours évidentes ; mais, comme avec plusieurs groupes, avec le temps qu’on a passé en tournée et la liberté d’expérimenter en studio, on a retrouvé quelque chose qui ressemble à notre propre son. Et nous voulons poursuivre dans cette voie.

  • À qui appartient la voix en français que l’on peut entendre sur « Rose De Lima » ? Et pourquoi avoir choisi d’employer un texte en français, qui plus est prononcé par un timbre féminin ?

La partie vocale a été faite par mon ex (ma copine pendant qu’on l’a enregistré), Erika King. La chanson est une réinterprétation d’un titre de notre EP, « Wild Eyes », utilisant les mêmes accords, et les nouvelles paroles sont une traduction libre de l’originale. On pourrait dire que « Rose de Lima » est le reflet de « Wild Eyes » projeté dans un miroir aux alouettes.

  • « Still, Soft » montre une facette plus urgente et radicale de votre musique. Est-ce intentionnel, ou ce titre a-t-il une autre histoire ?

« Still, Soft » est une des premières chansons que j’ai écrites il y a dix ans. Il s’agit d’une des deux chansons de l’album que j’ai composées entièrement moi-même. Cela dit, le son a complètement changé entretemps. On doit au sentiment d’urgence du motif de batteries « Fusion beat » à un ancien clavier Yamaha. Alex Newport a aussi beaucoup contribué aux directions de cette chanson.

  • Vous accordez énormément d’importance aux mélodies de guitare ainsi qu’au son qu’elles imposent. Comment composez-vous vos riffs et ces mêmes mélodies, qui semblent répondre à la voix dans un dialogue musical constant ?

Quand moi et Matt écrivons une chanson ensemble, on essaie vraiment d’entremêler les guitares. Quand j’écris tout seul, je laisse un peu plus d’espace pour les guitares. Même s’il y a quelques solos sur l’album, je crois que nous sommes tous moins ravis par le guitar rock standard, est plus intéressés par les stylistes / expressionnistes de la guitare – Johnny Marr, Vini Reilly, Will Sergeant, Kevin Shields, etc… La guitare est utilisée pour indiquer une émotion ou un sentiment, au lieu d’une simple prouesse technique.

  • Le clip accompagnant « Lush » évolue constamment entre l’abstrait et le concret, en alternant des images en noir et blanc de personnes assoupies et, sur un autre écran, des vidéos troubles et colorées, tout en inscrivant rapidement des extraits des paroles ; comme s’il s’agissait de rêves illustrés. Qui a réalisé ce clip ? Que souhaitiez-vous illustrer à travers lui ?

Charles-André Coderre est le réalisateur de ce clip et il a tout compris à notre groupe. Le vidéo illustre deux aspects importants de notre musique: la mélancolie et la monotonie.

  • Comment se passe votre collaboration avec le label Topshelf Records ?

Notre gérant/coach de vie, Michael Bardier, avait travaillé avec eux auparavant et avait des commentaires très positifs. À part ça, nous étions fans du label et ils étaient très enthousiastes, ce qu’on avait apprécié.

  • Vous avez commencé une longue tournée pour promouvoir, notamment, votre nouvel album. Comment se passe-t-elle ? Quelles sont les réactions du public et des auditeurs par rapport à « Overnight » ?

Jusqu’à maintenant, c’est incroyable. Notre set est beaucoup plus cohérent et intéressant qu’auparavant. On essaie plus de créer une ambiance particulière que de donner un show « rock ». On met aussi sur scène une enseigne au néon, que les gens semblent aimer.

  • Qu’attendez-vous de la scène, en donnant vie à vos titres pourtant très travaillés en studio ? Comment différenciez-vous les deux ?

Il faut se laisser aller ; c’est important de ne pas être trop attaché à une certaine version d’une chanson. Nous essayons de nous lancer un défi à nous-mêmes, vivre dans le moment présent. Cela dit, ce n’est pas un spectacle de Sun Ra. Ça reste néanmoins un show rock, avec certains détours qui m’intéressent de plus en plus.

  • Aurons-nous la chance de vous voir en Europe, et plus particulièrement en France, très bientôt ?

J’espère bien ! On aimerait jouer partout, le plus souvent possible, particulièrement en Europe, d’où viennent beaucoup de nos groupes préférés !

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