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[LP] Alexia C – Mefragme

On pénètre dans l’univers d’Alexia C comme on ouvre la porte d’un night-club tapissé de velours et à la chaleur réconfortante ; avec humilité et respect, tant ce décor est irrésistible et attirant. « Mefragme », morceaux d’existence alliant à la perfection l’humanité du jazz et la pulsation merveilleuse de la pop, est un disque auquel on ne peut que se vouer corps et âme, de par sa tendresse et son humilité. Un moment à part, un ailleurs impossible à oublier.

Alexia C n’appartient pas à notre quotidien. Non, elle vient d’ailleurs, d’un monde en suspension dans le temps et l’espace, et cueille l’inspiration comme on caresse des fleurs clairsemées et couvertes de rosée. Elle erre, au fil des instants, sur la soie duveteuse de mélodies jazzy et entêtantes, s’arrêtant pour boire avec délice le nectar dont elle fera ses chansons. Son premier album, « Impostule », sorti en 2014, nous révélait une compositrice aimant déambuler, sans limite ni frontière, dans des dimensions différentes, musicalement opposées mais admirablement complémentaires dès qu’elle les faisait siennes. Aujourd’hui, avec « Mefragme », l’artiste funambule n’a jamais été aussi près du vide, aimant autant se faire confidente qu’observatrice privilégiée et innocente du monde qui l’entoure. Elle arrête les secondes et nous prend par la main pour nous offrir un instant apaisant et curatif, d’une douceur rare et d’une poésie enchanteresse.

« The Vinyl » commence comme une danse chaloupée et sensuelle alors que la nuit tombe, tournant son regard vers un passé artistique depuis longtemps oublié mais qui aura rarement été aussi bien assimilé. La mort du vinyle dont il est question nous plonge justement dans cette nostalgie bienfaitrice qui fait tout le sel de la créativité d’Alexia C : savoir, comprendre, aimer l’art des bleus à l’âme et des sourires charmeurs pour mieux les retranscrire, avec humour et vérité (« HitchWalking ») ou, plus loin, dans l’expectative d’un geste, d’un regard qui fascine et hypnotise malgré l’abandon de l’être aimé (« The Web »). D’abord amusant et original, « Mefragme » devient rapidement attachant, qu’il nous emmène aux abords d’un blues apaisé et cajoleur (« The Rat (Art-a-Rat) ») ou nous immerge dans une atmosphère imprévisible, audacieuse et terriblement émouvante (l’inoubliable « Gamble »). Et c’est lors de la rencontre impromptue entre organique et électronique que la démarche de la compositrice se dévoile sans pudeur, avec une honnêteté qui tient du génie pur : « The Oath », duo sans rivalité mais avec convivialité et confiance en compagnie d’Alex Mentis, s’étale le long de vagues synthétiques sensibles et miraculeuses, bientôt conclues sur le superbe « Trumpet Man » à la rythmique respiratoire imposant une cadence régulière et réconfortante à nos cœurs ainsi possédés.

Le sourire aux lèvres, tandis que le soleil caresse nos visages, la voix sensitive et d’une expressivité sans limites d’Alexia C fait tomber les dernières barrières susceptibles de nous empêcher de profiter du moment présent. Les vertus thérapeutiques de « Mefragme », ces petit bouts de vie d’une créatrice totalement dévouée à son art, qu’elle réinvente sans cesse au fur et à mesure de l’avancée du disque, se conservent avec respect et délicatesse entre nos doigts, puis dans les écrins de nos mémoires, où elles se logent, lentement et sagement. Inutile de chercher à résister à l’affection qui nous étreint à l’écoute de ces remarquables contes de la vie ordinaire ; on s’y attache, on s’y perd, on s’y retrouve. Mais, surtout, on les écoute à nouveau, pour en découvrir les mille et un secrets qu’ils dissimulent. Un formidable opus, à déguster sans modération.

crédit : Roxane Bardin

« Mefragme » d’Alexia C est disponible depuis le 11 novembre 2016.

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