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[Interview] Worshipers

Alors que leur nouvel album, « Playsure », vient de sortir et nous a frappés d’un grand coup derrière – et dans – les oreilles, Ghis, l’un des deux membres fondateurs de Worshipers, revient pour nous sur la genèse du projet et de ce disque, nous démontrant la continuité sans faille de leur musique et du genre si particulier qu’ils portent à bout de bras, muscles saillants, au fil des compositions. Un entretien franc du collier, où il est question de rock, de David Guetta… et de lapins !

  • Bonjour et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Tout d’abord, peux-tu nous présenter Worshipers pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Alors, il y a moi, Ghis, à la batterie, et Mak aux machines, guitare et voix. Nous habitons dans le sud de la France, moi dans le nord de la Drôme et Mak en sud Ardèche. Nous faisons de la musique ensemble depuis dix ans, dans divers projets musicaux. Notre premier projet en commun était un groupe de metal nommé Androids B ; il y a encore des vidéos de cette époque sur le Net. Au départ, Mak était chanteur « hurleur » et moi batteur cogneur ; ça n’a pas bien changé… (rires) En 2009, ça s’arrête et Mak part à Acapulco, au Mexique. Ne me demande pas pourquoi, mais il a toujours eu une culture électro, alors là-bas il a développé ce côté obscur de sa force. Il y est resté un an, il a mixé dans de beaux endroits et il est revenu. Moi, pendant ce temps, j’ai monté un nouveau projet plutôt orienté rock et, à son retour, il est venu nous rejoindre… Ça a été plutôt bref. Rien ne s’est passé comme prévu, il est parti de ce groupe, moi aussi peu après. Ce qui nous amène à la création de Worshipers pendant que le guitariste trouve « ZE son » ou bien que le chanteur veuille bien se réveiller et venir à la répète (ça parlera à tout le monde, ce genre de souvenir, non?). Duo avec mon pote Mak, du fun et gros mélange d’influences musicales. La solution était trouvée!

  • Il s’est écoulé un peu plus de deux ans entre votre second EP, « Two », et votre album, « Playsure » ; qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ?

Après la sortie de « Two » en 2014, nous avons fait ce pourquoi nous avons créé Worshipers : du live ! Nous avons commencé doucettement, en fin d’année, par quelques dates de chauffe autour de chez nous. Les choses sérieuses ont débuté dès janvier 2015. Nous avons fait une vingtaine de dates dans toute la France et quelques-unes supplémentaires sur 2016. Nous avons expérimenté tout type d’événements, du petit bar bondé aux grandes salles un peu vides en passant par les festivals avec énormément d’affluence. Ces dates nous ont montré la voie à suivre, ce qui fonctionne ou pas en live, et nous avons entamé un nouveau processus de composition qui a engendré l’album « Playsure ». Nous avons tourné, en octobre dernier, le clip de « Fire » ; un beau programme!

  • La production de « Playsure » est beaucoup plus lourde et profonde que sur votre premier EP, avec notamment un son diffus et qui matraque bien plus fort. Comment vous y êtes-vous pris pour obtenir ces tonalités ?

Comme nous avons tous les deux une culture rock, voire bien bien metal, surtout dans nos plus jeunes années, on n’a pas eu beaucoup à se forcer pour produire quelque chose qui matraque fort. Les tonalités du metal sont aussi dans les graves et saturées… En fait, parfois, nous avons l’impression que nous avons juste remplacé les grosses guitares par des gros synthés par rapport à ce que nous faisions avant Worshipers. Notre premier EP était plus « gentil », c’est vrai. Il y a tellement à faire, tant de possibilités avec la musique assistée par ordinateur, qu’il nous a fallu du temps pour savoir et trouver exactement ce que nous voulions faire. À l’époque, nous voulions explorer d’autres choses, aller vers une musique moins directe, plus ambiancée… Je n’avais pas ou peu de culture électro (David Guetta, Daft Punk, Jean-Michel Jarre…). Je me suis ouvert à ce genre musical avec The Bloody Beetroots, The Prodigy, Skrillex, Pendulum et d’autres artistes drum & bass. J’ai découvert qu’en fait, ça peut vraiment taper, l’électro ! J’ai dû apprendre à maitriser les logiciels aussi, ce que je ne faisais pas avant. Bref, on a mis deux EPs et un album à trouver ce que nous voulions faire… rien que ça! Et après l’EP plus modéré « Slide Chain » du début (les veilles habitudes sont difficiles à perdre), nous sommes revenus progressivement vers une musique plus frontale on va dire ; cela s’entend déjà sur notre deuxième EP, « Two ». Avec  » Playsure », on est arrivé à trouver le bon équilibre, le nôtre en tous cas ! C’est le disque qui nous ressemble le plus, celui de la maturité, puissant et fin à la fois… bon, OK, j’arrête. De toute façon, il ne faut pas se leurrer : même quand on joue des titres de « Slide Chain » en concert, on n’arrive pas à le faire calmement !

  • Vous avez énormément enrichi vos arrangements ; je pense notamment à la fabuleuse intro de « Ko » sur ce nouvel opus. Pouvez-vous nous en dire un peu plus, et sur le processus de composition, et sur « Ko » ?

Nous habitons à un peu plus d’une heure l’un de l’autre et il nous est donc difficile de nous voir souvent et d’échanger nos idées. Quand nous composons ensemble, cela ne donne pas grand-chose. Il n’y a qu’un seul titre qui a été composé à deux, c’est « Super Skunk », de notre deuxième EP. Nous composons chacun de notre côté, on s’échange nos idées et fichiers par mail. Sur un titre composé par Mak, je mets ma patte et je lui propose des arrangements, et inversement. Je m’occupe de poser les parties batterie de chez moi et Mak, lui, s’occupe du mix dans son studio ; voilà pour la partie technique. Le processus de compo dans ce genre de musique est très personnel, c’est pour ça qu’on aime composer notre musique seuls. Pour ma part, j’intériorise beaucoup, j’imagine les mélodies, le style de son que je veux obtenir dans ma tête et, ensuite, je me pose au studio et je déballe tout. Mak, lui, arrive sur ses claviers, la plupart du temps, sans idée précise de ce qu’il va faire, et se laisse porter par l’inspiration du moment. En ce qui concerne les arrangements, c’est l’ambiance de chaque titre qui nous guide. Sur « Ko », le coté mystique a pris tout de suite le dessus ; donc, après, on a creusé dans ce sens. J’ai rajouté des gros fûts au début, la voix féminine aussi s’est imposée rapidement, la petite montée qui va bien avant que ça parte en drum & bass. À mon sens, c’est le feeling, la persévérance pour trouver LE sample ou le son qu’il faut et nos progrès techniques depuis « Slide Chain » qui aboutissent à « Playsure ».

  • La voix est aussi beaucoup mise en avant, que ce soit par samples ou réelles mélodies et cris. Aviez-vous envie de l’utiliser comme véritable instrument à intégrer dans vos compositions ?

À la base, notre musique est instrumentale ; même si nous rajoutons de la voix sous forme de sample ou Mak avec son propre organe, c’est toujours au service du titre. Je ne pense pas que nous ferons de la musique à texte ou message dans l’avenir. Nous l’utilisons toujours pour relancer la dynamique ou pour le clin d’œil aux artistes que nous aimons. Il arrive aussi, en fouinant, que l’on tombe sur quelque chose qui sonne, et on construit un titre autour. C’est le cas pour les chœurs un peu symphoniques de « Circle Pete ». On a trouvé d’abord les voix, qui nous ont inspiré le titre.

  • Justement, où allez-vous récupérer et trouver les samples que vous utilisez ?

La musique, particulièrement le monde des compositeurs de M.A.O., est un microcosme. Il existe beaucoup d’échange de bons plans, de trucs et astuces pour aboutir dans tes recherches. Au travers des groupes sur les réseaux sociaux, par exemple. Youtube, Soundcloud, des vieux CDs ou vinyles sont des terrains que nous utilisons. C’est avant tout beaucoup de recherche, un peu à la manière d’un mec dont la passion est le bricolage et qui stocke tout ce qu’il peut dans l’espoir que ça lui serve à un jour.

  • Il serait réducteur de qualifier votre musique de pur et simple électro-rock, tant on trouve de sonorités différentes sur le disque. Ceci dit, vous sentez-vous influencés par le travail de certains groupes ou artistes et, si oui, lesquels ?

Elle est bien cette question ! En fait, Worshipers veut dire littéralement « adorateurs », terme utilisé dans un contexte religieux, à la base. Nous l’avons choisi, car c’est la musique que nous adorons au sens large. Il y a du bon dans tout style de musique, tant que ça sonne à ton oreille. Je peux kiffer un titre de Jean-Jacques Goldman et, la minute d’après, enchaîner sur du death metal. Il n’y a pas de règles pour nous. On aime partir en festival pur électro autant qu’aller voir un live de Gojira. Alors, du coup, c’est complètement inconscient, mais c’est tout ça qui influence la musique de Worshipers : Metallica à la gratte, Bloody Beetroots à la batterie, Bob Marley aux arrangements, John Carpenter aux claviers, etc… Ça pourrait être ça.

  • Il est mignon ce lapin, non ?

Oui, il est mignon ! Enfin, ça dépend de la façon dont tu le regardes . Une ex possédait un lapin : si tu avais le malheur de mettre un de tes doigts à sa portée, tu te faisais mordre. La musique de Worshipers est plutôt directe et, finalement, tu ne sais pas s’il faut s’approcher de ce petit lapin. Et puis, quand tu vas sur les réseaux sociaux, tu t’aperçois qu’une vidéo avec un petit lapin qui se fait gratter les oreilles fait minimum deux millions de vues… Alors nous nous sommes dit : « allez, après tout, c’est mignon, les lapins… »…

  • Que réponds-tu aux personnes qui considèrent que l’électro est une musique tout sauf intelligente et qu’il suffit simplement d’appuyer sur des boutons ? Je me permets de te poser la question parce que votre album en particulier prouve radicalement le contraire…

L’image qui perdure de la musique électronique, c’est le mec devant ses platines qui a les bras levés, bref qui fout rien et qui brasse de l’argent sans rien faire, comme un célèbre DJ français, quoi…

Il y a, je pense, deux mondes dans ce style de musique: celui du DJ, qui a l’art de choisir les musiques qu’il va passer en soirée, choisir l’ambiance, faire monter la température… c’est tout un savoir faire, vraiment. Il est vrai qu’il n’a pas l’air de faire grand-chose une fois sur scène. Il y a aussi le monde des compositeurs qui passent vraiment énormément de temps à choisir les sons, samples et autres pour créer leurs titres. C’est du taf, mine de rien ; mais, une fois sur scène, les mecs ont tendance à bien lever les bras aussi ! Sans prétention, je nous vois faire partie d’une autre catégorie où, si tu n’appuies pas sur les boutons, eh bien il n’y a pas grand chose qui se passe. ça nous arrive de nous planter sur scène comme un « vrai » groupe, et là, les gens voient que c’est du live. C’est notre façon d’appréhender la scène qui est complètement différente. Même en duo et avec de l’électro, nous sommes plus proches d’un groupe classique dans la façon de jouer nos titres.

  • Comment vous partagez-vous les rôles en concert, pour rendre toute la puissance de votre musique sur scène ?

Des organisateurs de concert, après notre prestation nous on déjà dit: « Mais comment vous faites à deux pour faire autant de bordel ??? »
Alors, pour moi, c’est assez simple : je m’occupe de la batterie, j’ai quelques pads à côté de moi pour balancer des gros booms, des claps et autres bruits. Mak, lui, est en mode homme-orchestre ! Il ne peut pas jouer tout ce qu’il y a sur nos titres. Ce n’est pas humain, alors il choisit ce qu’il va exécuter live sur chaque titre. Il se partage avec ses quatre machines, sa guitare et la voix. Sur un même titre, il peut jouer l’intro sur son clavier, passer devant la scène au contact du public pour un couplet en ne faisant que la voix, enchaîner sur les grosses basses du refrain avec son pad control et finir le pied sur le retour à la guitare. C’est assez intense ! C’est, là aussi, un gros travail de programmation pour créer nos sets live.

  • Avez-vous une scénographie particulière, ou est-ce que tout fonctionne à l’adrénaline pure ?

Nous n’avons pas de scénographie particulière. On met juste toute notre énergie sur chaque date comme si c’était la dernière. Nous avons vraiment besoin d’aller au bout de nous-mêmes quand nous sommes sur scène. Cela donne un show un peu extrême. Parfois, je joue debout, maltraitant ma batterie tant que je peux ; ou bien Mak se retrouve perché sur ma grosse caisse et finit en saut de cabri. Voilà notre scénographie.

  • « Playsure » est sorti le 15 janvier dernier. Quelles ont été les premières réactions que vous avez eues par ceux qui l’ont écouté, voire chroniqué ?

Les premiers retours sont vraiment bons, voire très bons. On sent qu’il y a de l’intérêt et de l’attente autour de notre projet, ça fait vraiment plaisir ! Notre album est tout juste disponible en version physique cette fois-ci, ce qui n’était pas le cas pour nos EPs. Nous avons aussi d’excellents retours pour notre clip, « Fire ». Tout ça nous donne plus de poids et de crédibilité pour la suite de l’aventure. On est chaud!

  • Que peut-on attendre de Worshipers dans les mois à venir ?

Un maximum de live, en France mais pas que ! De la promo, de nouveaux clips pour soutenir notre nouveau bébé. Nous démarchons et les propositions arrivent aussi.

  • Souhaites-tu ajouter autre chose ?

Merci de mettre notre projet dans la lumière. Et merci aussi à toi, derrière ton écran, qui viens de prendre du temps pour lire cette interview. La meilleure façon de nous aider et de partager notre musique et d’en parler autour de toi ; et allez, soyons fous, d’acheter notre album ! Cela nous permettra de venir te faire un coucou en live dans ta région !

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