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[Live] Peter Hook and The Light à l’Aéronef

Malgré le froid polaire, c’est devant l’Aéronef que des centaines de personnes attendaient, le samedi 28 janvier dernier, illuminées par le panneau indiquant en grandes lettres « Peter Hook & The Light », réchauffées par les promesses d’un concert tant attendu.

Peter Hook and The Light © David Tabary

En effet, c’est bien la légende vivante Peter Hook, bassiste de Joy Division et de New Order jusqu’en 2007, qui vient accompagné de son groupe The Light pour interpréter un set revisitant les discographies de ces deux icônes. Ce concert s’inscrit dans la programmation consacrée à la diversité culturelle de Manchester de la salle, qui accueillera même le 23 mars prochain un autre groupe mythique de la période : The Buzzcocks.

C’est sans étonnement que la salle se remplit peu à peu de quarantenaires armés de leurs T-shirts Joy Division, dans une atmosphère mélangeant exaltation et commémoration ; des décennies ont beau s’être écoulées, le groupe n’a jamais cessé de cultiver la fascination de polariser l’attention. Et le bassiste joue avec cette tension : son concert s’ouvre avec un son de corne funèbre, comme un cérémonial. Cependant, il ne faut pas longtemps pour le voir détruire ces doutes en montant sur scène avec sa basse chargée d’autocollants et son T-shirt « Mr. Zombie» pour lancer les percussions triomphantes de « In a lonely place », révélant la véritable essence de la soirée : une célébration.

Les sombres présages sont balayés par la voix puissante du musicien, qui n’a définitivement pas à rougir de la comparaison, bien que la présence d’un cahier de paroles à ses côtés nous rappelle que cela n’est pas son rôle originel. L’esprit new wave est actualisé par le groupe, guidé par la basse à six cordes caractéristique du style de Peter Hook, et les chansons parcourant aléatoirement le répertoire de New Order. Les mélodies palpitantes des deux basses se marient aux percussions frénétiques dans un tourbillon coloré accueilli à bras ouverts par la foule, dansant et tapant des mains à l’unisson. Le groupe n’hésite pas à se passer du batteur pendant quelques chansons pour laisser toute la place aux boîtes à rythmes et aux synthés. Les tubes, comme « Ceremony, « Blue Monday », « The Perfect Kiss » ou encore « Bizarre Love Triangle » paraissent plus indémodables que jamais, la puissance de leur aura musicale touchant l’intégralité de la salle. C’est donc après une heure et demie éprouvante que le groupe clôt sa propre première partie, une prodigieuse plongée rétrospective dans la longue et entraînante discographie de New Order.

La deuxième partie du set se construit autour de l’album « Substance », un disque compilation de Joy Division sorti en 1988. Instantanément, la danse prend une teinte macabre avec l’introduction rythmique de « No Love Lost », nous plongeant dans les abîmes mancuniennes, l’énergie brute et cafardeuse qui a fait la légende du groupe se répercutant dans l’immense pogo qui anime la fosse. Cependant, le bassiste nous rappelle que, même s’il puise dans un ancien répertoire, c’est bien son concert, décidant de jouer sous les éclats de joie « Shadowplay », chanson qui ne se trouve pas dans l’album sur lequel se fonde la tournée. Bien que la setlist soit composée majoritairement de b-sides ou d’unreleased, l’intégralité du public paraît connaître les paroles et les lignes mélodiques par cœur, illustrant l’enthousiasme généralisé qui ne laisse aucune place à la dimension mélancolique de la musique. Il est ainsi rare qu’une ligne chantée ne soit pas doublée d’au moins un écho dans le public, les paroles mythiques comme le « day in, day out » de « Digital » ou le « dance to the radio » de « Transmission » étant même scandés ardemment.

Bien que des éléments, comme les percussions fiévreuses de « She’s Lost Control », paraissent nous renvoyer à une époque lointaine, l’arrangement au synthé du refrain et la foule chantant la ligne de basse à gorge déployée nous remettent rapidement les pieds sur terre, de préférence pour y danser. La prestation enflammée s’étend dans une atmosphère électrique, comme si c’était bel et bien un rêve éveillé de vivre ces chansons en concert. Si l’énergie déployée suffisait à chasser la nostalgie latente, il était aussi nécessaire de la relâcher, et ce fut le cas grâce à la lugubre « Atmosphere », que Peter Hook dédia à Ian Curtis en l’introduisant par « God bless his soul ». Le concert se termina avec la mythique « Love Will Tear Us Apart », les musiciens arrêtant de jouer pour laisser la foule chanter le refrain inlassablement, nous rappelant que l’amour de certaines chansons nous ramènera toujours ensemble. Le bassiste quitta finalement la scène sous les applaudissements chaleureux après avoir jeté son T-shirt, comme s’il laissait une partie de lui-même dans cette célébration collective.

Après ce concert intense, autant sur le plan physique qu’émotionnel, on se retrouve à penser que, plus qu’un retour dans le passé, ce fut une illustration de l’importance actuelle dans l’imaginaire collectif de l’héritage de ces deux groupes, ainsi que de la musique mancunienne de cette époque ; et, faute de machine à remonter le temps, on s’en satisfera amplement !

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