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[Interview] Alma Alta

Qu’on ne s’y trompe pas : le premier EP éponyme du duo Alma Alta a réussi à se faire une place de choix parmi les projets les plus excitants de ce début d’année. Pensé et amené à maturité avec talent et une bonne dose d’improvisation et de réflexion, le résultat engendré par Adrian et Aloïs s’affranchit de ses glorieux aînés des années 80 tout en leur rendant un hommage sensible et vibrant. Il ne nous en a pas fallu davantage pour nous décider à soumettre les deux têtes pensantes du projet à quelques questions, afin d’explorer, en leur compagnie, leur univers aussi sombre qu’éclairé.

crédit : Corentin Bureau

  • Bonjour et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter, ainsi que nous décrire la genèse d’Alma Alta ?

Aloïs : On joue ensemble depuis qu’on a 16 ans. Initialement, moi comme batteur et Adrian comme guitariste, on a joué pas mal de funk tous les deux. Une fois partis dans les études supérieures, et éloignés géographiquement, on a commencé à s’échanger des sons par Internet bidouillés dans nos chambres et, le jour où l’on a voulu dévoiler ces compos sur le Web, il a bien fallu trouver un nom : AA&YOU.

  • Pourquoi être passé de AA&YOU à Alma Alta, justement ? Et pourquoi ce nom, Alma Alta ?

Adrian : C’était l’horreur à prononcer : quand on parlait de notre groupe à quelqu’un, on devait, à chaque fois, passer deux minutes à épeler AA&YOU ! Pour Alma Alta, on voulait quelque chose ni franchement anglais, ni franchement français. On commençait à ce moment-là à écrire en espagnol, et pas mal de nos chansons font allusion à quelque chose « au-dessus » de nous, sans devoir forcément être une divinité. Ce nom, c’est comme une commode à questions existentielles.

  • Parlons un peu de votre nouvel EP. Comment s’est déroulé son processus de composition ? Avez-vous chacun des rôles très précis dans le stade de la création des chansons ?

Adrian : À l’inverse de nos débuts, les quatre chansons de l’EP ont été écrites en studio de répétition. C’est notre meilleure façon de travailler, la plus spontanée ; et, du coup, on est sûr qu’on est capable de faire sonner les titres en live.

Aloïs : Étant donné que les chansons découlent souvent de « jams », chacun prend son rôle naturellement : ça peut être aussi bien Adrian qui apporte la ligne mélodique que moi. Idem pour les structures que l’on construit ensemble. Le processus de création « habituel », c’est : je balance un beat à la boîte à rythmes, Adrian apporte des accords de guitare ou j’en amène au clavier, puis on trouve un gimmick à la voix. Et, si la mayo prend, on peut dire que c’est le début d’un nouveau titre.

  • « Someone Else » annonce une cold wave très dépouillée mais prouve rapidement qu’il n’en est rien et que vos titres sont beaucoup plus lumineux et élaborés qu’ils en ont l’air au premier abord. Avez-vous conscience de ces couleurs qui jaillissent de vos musiques ?

Aloïs : On n’intellectualise pas notre musique. Chaque chanson est créée de manière spontanée. Par exemple, l’intro de « Someone Else » s’est réalisée en studio entre deux prises, juste pour un test, sans se poser de questions.

  • « Hold Me » est fulgurant, surtout sur son solo final. Comment vous est venue cette conclusion totalement à part dans le reste du disque ? Une improvisation, ou aviez-vous un objectif précis ?

Adrian : C’est un thème final, sûrement écrit pendant une séance d’improvisation sur la tournure du morceau, une sorte d’épilogue de l’histoire de la chanson ; dernière scène du film, et c’est une bagnole qui s’en va. On aime faire des fins instrumentales, sortes de défouloirs qui atteignent ou non un climax, en particulier en concert.

  • Comment choisissez-vous les sons de synthés que vous utilisez sur vos chansons ?

Aloïs : Je suis très fidèle à mes instruments. Pour moi, cela forge le caractère sonore d’un groupe. J’utilise toujours un Roland D50 comme synthé, sorti au début des années 90. Je programme tous les sons pour qu’ils collent à l’ambiance des morceaux.

  • « Come To The Dark » pourrait presque orienter l’auditeur vers quelque chose de radicalement nouveau pour vous dans vos prochains projets, avec ce son à la fois funk et électro très hypnotique. Considérez-vous, du fait de cette richesse musicale, qu’Alma Alta contient tout ce que vous voulez exprimer comme influences ou langage musical, ou avez-vous d’autres idées en tête ?

Adrian : Nous sommes sensibles à énormément de genres musicaux, mais on ne se pose pas trop de questions par rapport à ce qu’on veut exprimer comme influences ou langage. Quand vient une idée de chanson, on essaie de mettre le maximum de nous-mêmes pour qu’elle se suffise à elle-même et qu’elle soit efficace dans l’intention, sans chercher à la faire appartenir à une possible esthétique globale de nos compositions. Si, un jour, l’une de nos chansons a besoin d’un passage afro pour sonner, on foncera là-dedans. Ça donne un répertoire qui n’est pas aussi uniforme que l’exigent certaines entités, mais nous ça nous convient bien. L’homogénéité, elle, se situe plutôt du côté des instruments qu’on s’est limités à utiliser : un D50, une boîte à rythmes Vermona, une basse Moog ou une basse électrique et une Telecaster, pas plus.

  • À ce sujet, vous sentez-vous influencés par des artistes ou musiciens particuliers, ou par une époque précise de l’histoire de la musique (car beaucoup vont certainement vous rapprocher du revival 80’s actuel) ?

Aloïs : On est très marqués par les 80’s, de Prince aux Talking Heads en passant par Blancmange, on ne s’en cache pas. Néanmoins, on n’est pas coincé là-dedans, on reste connecté à ce qu’il se passe aujourd’hui. Moi, par exemple, je fais aussi de la musique électronique (house, techno), et Adrian joue dans des groupes de pop ou de jazz.

  • Les deux faces du disque sont différentes dans le fond car aucun titre ne se ressemble, mais proche dans la forme ; on a l’impression, en passant d’un titre à l’autre sur chacune des face, que l’on va des ténèbres vers la lumière. Êtes-vous d’accord avec cette vision de votre musique ?

Adrian : Ce n’était pas volontaire, on voulait juste que les titres s’enchaînent le mieux possible mais c’est une belle interprétation !

  • Le design de la pochette est très mystérieux mais magnifique ; il en ressort une forme de noirceur mêlée à une réelle sensualité dans le contraste entre le velours foncé et une peau plus claire. Qui a réalisé ce visuel, et que représente-t-il pour vous ?

Aloïs : Ce sont les potes de GRAMA qui ont réalisé le visuel. Ce sont d’ailleurs eux qui ont réalisé deux vidéos live l’an dernier (« TV Show » et « Come to the dark »), et qui sont derrière le clip de « On the Way ». Ce visuel représente une obscure sensualité, ce qui, je pense, se rapproche de ce que reflète notre musique.

Adrian : De la sensualité, du détail et de l’inconnu.

  • Comment parvenez-vous à retranscrire l’énergie de vos titres sur scène ?

Aloïs : En nous donnant au maximum. On refuse de balancer des boucles à l’ordi, tout se fait en direct.

Adrian : Récemment, nous nous sommes entourés d’un batteur-percussionniste aux pads, cymbales et cloches, pour apporter de la dynamique et du relief à la boîte à rythmes, et également d’un saxophoniste pour pouvoir nourrir des parties instrumentales bien funky et apporter de la chaleur au set. Nous avons aussi la chance d’avoir un fantastique ingé son, Adrien Pinet, qui sublime le son de l’ensemble et qui lui ajoute du caractère.

  • Quelles ont été les réactions, positives ou négatives, que vous avez reçues depuis la sortie de ce nouvel EP ?

Aloïs : Notre release party s’est déroulée au Pop Up du Label (Paris 12e) et c’était une belle fête ! On a eu de beaux retours, tant au niveau du live que de l’EP.

  • Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

Faire un maximum de dates, c’est pour ça qu’on fait de la musique. Et bosser sur notre second EP.

  • Souhaitez-vous ajouter autre chose ?

Hasta prontito !

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