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[Cinéma] The Whole Gritty City

Nos parents nous ont permis de nous inscrire à des conservatoires. Peut-être avons-nous reçu, un jour, une guitare en cadeau. Puis, un autre jour, nous sommes allés à notre premier concert. Heureux. Ici, la musique est cette facilité. Cette joyeuse possibilité. Pourtant ailleurs, elle est bien plus urgente, bien plus vitale. La musique est alors la construction, la protection et peut être la solution. « The Whole Gritty City », projeté le 24 février dernier à la Gaîté Lyrique, est le témoin de cela.

The Whole Gritty City

« The Whole Gritty City » est une plongée dans les quartiers noirs et populaires de La Nouvelle-Orléans. Une rencontre avec la musique et sa capacité à émanciper les gosses de la ségrégation américaine. Par les trois ensembles instrumentaux O. Perry Walker High School, L.E. Rabouin High School et The Roots of Music, le film arrive à montrer ce qui fait battre le sang dans les rues de cette vieille ville. Dans un environnement délaissé par les politiques et les banques, Mardi-Gras et ses défilés apparaissent comme le souffle, l’effervescence et la consécration.

« The Whole Gritty City » suit plusieurs jeunes de La Nouvelle-Orléans de 2007 à 2011, dans les ruines de l’après Katrina. Dans la tourmente des crimes. Dans l’espoir des fanfares scolaires. Sur le chemin de l’école, dans leurs salles de bain, ou un cuivre à la bouche, tous parleront, avec des mots qui n’ont pas leur âge, de leur vie. Celle à attendre sur les seuils des maisons. Celle dans les rues qui font parfois peur. Celle qui a vu partir un proche dans un bain de sang. Et, dans ces existences, les gyrophares des voitures de police et les échos de tirs hantent la nuit, la liberté et les rêves de cette jeunesse. Par-dessus tout, la caméra s’attarde sur les portraits des chefs de fanfare. Ces hommes qui voient en la Musique la plus belle manière de protéger et de construire les enfants.

The Whole Gritty City

Terrible regard sur l’enfance, « The Whole Gritty City » montre une insouciance déjà très sérieuse, où le jeu croise parfois la fin. Il y a, dans ce documentaire, cette saisissante réalité qui navigue entre cruelle injustice et féérie musicale. Bear, le jeune prodige, Jazz, l’enfant insoumise et les autres gamins se démènent avec une volonté méconnaissable. La réussite n’est pas la gloire, mais la possibilité de peut-être se sortir de la rue, de ses risques et de ce monde d’adultes. D’ailleurs, on écoutera la mère de Jazz espérer que cette dernière puisse encore, à onze ans, vivre comme une enfant. Dans les nuages obscurs, ces gamins ont des rêves et leur temps libre ne sert qu’à l’effort nécessaire pour les réaliser.

La musique est là l’élément fédérateur. Elle enseigne la rigueur, l’entraide et la camaraderie. Ici, le combat n’est plus celui d’être meilleur que son voisin, mais celui d’amener jusqu’au bout sa fanfare. Des répétitions aux défilés, un grand sourire accompagne ces jeunes. À les voir défiler pour Mardi-Gras, on ne peut que remarquer le sérieux de cette expérience qui se révèle être bien plus : une vie, une nécessité. Les cuivres et les percussions résonnent comme la palpitation, la fureur et la joie de vivre. La fanfare n’est plus un jeu, mais une famille.

The Whole Gritty City

« The Whole Gritty City » ne donne pas l’idée que tout va bien ; car non, à La Nouvelle-Orléans, tout ne va pas bien. Mais pourtant, dans ce décor où la misère côtoie les blessures, il semble que quelque chose germe, que quelque chose pousse. Les fanfares semblent alors être la bouffée d’air après la noyade ; car, même là où la mort apparaît, dans les foules d’un enterrement, les trompettes chantent et dansent, levées vers le ciel.

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